On the Track of Robert van Gulik (2016)

On the Track of Robert van Gulik · Extrait « Frédéric Lenormand » · 7′08″

Un cinéaste suit un diplomate et sinologue néerlandais sur trois continents, et découvre que le détective qu’il a inventé a survécu à l’homme.

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Transcription

▶ On the Track of Robert van Gulik · Extrait « Frédéric Lenormand » · 7′08″
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Frédéric Lenormand : Quand j'étais adolescent, j'ai lu tous les Van Gulik qui paraissaient. Et quand je l'ai eu terminé, je me suis dit : « Mais c'est fini ? Il n'y a plus de juge Di à lire, le juge Di est mort ? » Je me suis dit : « Ce n'est pas possible, il faut en écrire d'autres. »

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J'ai fait 19 enquêtes du juge Di et maintenant, je sais écrire des romans policiers grâce à Van Gulik.

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On est parti du même modèle qui est le magistrat chinois qui a trois femmes, qui va dans les mêmes villes, qui a les mêmes lieutenants, qui font les enquêtes pour lui. Mais Van Gulik représente Monsieur Van Gulik, qui mène une enquête sous les Tang avec tout son côté fonctionnaire, diplomate, sérieux, qui étudie la calligraphie. Et moi, j'ai fait quelqu'un de plus misanthrope, qui est peut-être plus maigre, qui est très embêté d'être là, d'être juge. Il est forcé parce qu'il faut bien faire quelque chose.

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Lui, il a mis beaucoup de prostituées dans ses livres. Moi, les prostituées, ça ne m'intéresse pas du tout. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir comment une femme peut être l'épouse du juge Di à la période des Tang et quand même avoir une vie alors qu'il lui a mis deux concubines à la maison, qu'il faut faire des enfants, des fils, qu'il faut être en représentation, qu'il ne faut pas se montrer parce que la femme noble des Tang, on ne devait pas voir son visage, elle n'allait pas faire son marché. J'aime bien relever ce défi-là. Que peut faire madame Di ?

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Ce sont beaucoup les femmes qui lisent la littérature en général et le juge Di en particulier. Je voulais leur offrir une enquête où madame Di mènerait l'enquête à la place de son mari. Dans ce livre-là, le juge Di est victime d'un attentat au premier chapitre, il se casse la jambe et pour trouver son assassin, il est obligé de demander à sa première épouse d'aller interroger les gens à sa place et puis il lui donne des conseils sur son lit. C'est une revanche de la femme sur l'enquêteur.

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« Les demoiselles étaient nourries de contes et de poèmes où l'amour triomphait le plus souvent. Et même s'il menait les amoureux à leur perte, du moins avait-il le mérite d'avoir existé. Il en allait tout différemment de l'union conjugale à laquelle elles étaient vouées sans que quiconque eût pris la peine de les consulter. Le mariage était un malentendu tragique entre deux personnes qui n'avaient guère de chance de se comprendre, deux êtres que leur éducation avait tout fait pour éloigner plus encore que la nature ne les y avait disposés. Elle comprit alors que c'était à elle-même qu'elle était en train de penser. »

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Pour l'écrire, j'ai été obligé d'étudier ce qu'avait fait Van Gulik. Donc, en même temps, j'ai appris à écrire des romans policiers, ce qui consiste à mentir au lecteur pendant le plus longtemps possible dans le livre.

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C'est ça qui rend les romans du juge Di particulièrement originaux si on les replace bien dans l'époque Tang, qui est le seul moment où la Chine a été gouvernée par une femme qui a réussi à se faire couronner empereur. Non pas impératrice, mais empereur. Elle était, elle, le fils du ciel. Donc elle a fait déclarer qu'elle était la réincarnation du Bouddha. « Si je suis le Bouddha, je ne suis pas une femme et vous devez m'obéir. » C'était magnifique.

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Elle s'est fait couronner empereur 60 ans passés après avoir tué tous les gens qu'il fallait dans la cour, y compris les fils de son mari, ses propres fils, les impératrices, tout le monde. C'est peut-être une sorte de Mao Tsé-toung femme, mais quelle brillante réussite.

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La plupart des écrivains français de polars écrivent avec leur pied gauche. C'est à la fois apprécié comme genre et souvent, ce n'est pas de la littérature.

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Le problème de Van Gulik, c'est que c'était quelqu'un de très original et qui ne se préoccupait pas de faire des choses qui entrent dans des cases prédéfinies. Je pense que c'est ça qu'on lui reprochait et qu'on reproche à tous les gens qui sont originaux. Il ne faisait pas de la littérature ni du roman policier, il faisait du Van Gulik.

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Je ne sais pas si ça plairait à Van Gulik, ce que je suis en train de dire. Peut-être que lui, ce qui l'intéressait, c'était juste ce magnifique mécanisme d'horlogerie qui tombait parfaitement juste. L'heure de Van Gulik était toujours juste. C'est peut-être en ça que je suis différent et que le juge Di est toujours moderne, qu'on peut toujours prendre le juge Di et raconter des choses différentes, parler de problèmes différents, toujours avec ce même personnage. Il peut servir à toutes les époques.

Transcrit à partir du son de l’extrait et relu ; les traductions anglaises sont les nôtres.